Pour un oui ou pour un non

de Nathalie Sarraute - avec Benoît Verhaert et Patrice Mincke

Au répertoire

En moins de 70 minutes, une amitié de 30 ans va être disséquée de fond en comble, jusqu'à l'os, débusquant les violences, les envies mais aussi la tendresse de ces deux hommes sans concession.

Le texte est déjà d’une finesse et d’une précision extraordinaires, plein de subtilités, détails loin d’être anodins qui tissent les relations intimes. Mais le jeu des deux acteurs (…) est si réaliste qu’on a quasi l’impression de vivre une véritable scène d’explications. Dans cette promiscuité, ils sont époustouflants. 
- Cécile Berthaud, L’Écho

Deux hommes se font face: l’un veut comprendre ce qu’il y a eu, l’autre dit que ce n’est rien, « ce qui s’appelle rien… ce qu’on appelle ainsi… en parler seulement, évoquer ça… ça peut vous entraîner…(…) Personne, du reste… personne ne l’ose… On n’en entend jamais parler… ». Pourtant il va oser, oser dire les mots et avec eux, le fond de son sentiment. Le risque c’est de perdre une amitié de trente ans. L’enjeu est énorme pour l’un comme pour l’autre.

Mais pourquoi dire le fond de son sentiment et risquer tant? Ne vaut-il pas mieux se taire parfois? Il ne s’agirait pas de nier, de refouler, de faire comme si de rien n’était, non... ce serait plutôt d’assumer le silence entre eux deux pour préserver l’essentiel.

C’est d’abord ce que l’un des deux tente, mais l’autre insiste, fait pression. Alors les mots deviennent tranchants comme des scalpels. L’affrontement est inévitable, on dissèque jusqu’à l’os, non sans un certain plaisir d’ailleurs, pour constater le désastre, ou alors pour se rendre compte que l’essentiel subsiste malgré tout…

MISE EN SCÈNE

«Je suis tombé sur une interview de Nathalie Sarraute qui parlait de Pour un oui ou pour un non. Elle disait qu’en écrivant ce texte, elle n’avait aucune image en tête, seulement des sons, le son des mots et leur intonation particulière.

J’ai pensé à ce qui se passe quand on ferme les yeux dans une salle de concert par exemple ou à l’opéra.

J’ai alors voulu composer une expérience sensorielle avec les mots de Sarraute, l’intonation toute particulière que les acteurs vont trouver au cours des répétitions, puis des images quand même… non, pas des images, pas de vidéo, mais plutôt des visages qui ne disent pas la même chose que les mots ou leur intonation, des visages et des mouvements de corps qui contredisent parfois le propos, le rendent moins absolu, plus humain. Et je voulais aussi voir le grain des peaux, sentir une bouffée de chaleur ici ou là, deviner la violence quand un muscle se crispe. La petitesse du Théâtre des Bosons s’y prête au mieux, les spectateurs seront disposés en demi-cercles par étage afin que chacun ait une vision optimale des acteurs, les lumières et les costumes y mettront en valeur les corps, les peaux, les mouvements même imperceptibles.

A un moment dans la pièce, l’un des deux hommes convoque un couple de témoins pour objectiver son propos. Je propose que cette mise en scène soit assumée pleinement : l’homme qui convoque y interprétera les trois rôles alternativement en s’appuyant sur un dispositif scénographique mobile qu’il amènera sur scène et qui figurera le décor de la scène elle-même en miniature. Nous serons alors témoins à notre tour du pouvoir de la représentation théâtrale d’évoquer les expériences humaines dont la portée dépasse les mots, fussent-ils de Sarraute.

Quant au travail des acteurs, il se fera au plus près d’eux-mêmes, de leurs sensations profondes à dire et entendre ces mots, à les vivre pleinement jours après jours, pour constituer les couches de ce vécu qui resurgira au hasard des moments particuliers de chaque représentation publique.»

Bruno Emsens - metteur en scène


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